• Le Parc Tenorio, le Rio Celeste et la finca d'Eduardo.

            Connaissez-vous l recette des chaussettes au vin blanc? Non… je m’en vais vous la conter. Vous emballez soigneusement, dans du plastique à bulles, trois bouteilles de vin français : rouge, blanc et rosé ; vous les placez tête-bêche dans un… carton à chaussures (Pourquoi donc ? eh, bêta ! pour mieux protéger le divin breuvage) ; vous déposez le tout au centre d’une grosse valise en partance pour le Costa Rica. Pour plus de sécurité (ou de confort ?), vous remplissez les interstices entre les différents paquets avec vos chaussettes préférées (ça marche aussi avec les T-shirts et les slips) ; vous confiez le tout au personnel d’un quelconque aéroport, qui saura vous le catapulter dans tous les sens avec dextérité. Récupérez votre bien avec soin à la sortie du carrousel… vous percevez déjà de délicates effluves fruitées ? Cela ne vous surprend pas : les manguiers aux abords de l’aéroport ont sans doute fleuri plus tôt cette année. Laissez passer la nuit, tranquillo ! Demain sera bien assez tôt pour ouvrir la pochette surprise…

         A ceux qui pensent que je viens ici pour me la couler douce, je précise que, à peine arrivé, il m’a fallu trier un enchevêtrement de métal et de bois dans le terrain de Mayela : tout ce qu’il restait d’une serre que j’avais construite en 2010 et que les orages tropicaux avaient bien amochée ; le coup de grâce lui avait été donné par une énorme branche tombée de l’arbre voisin par une nuit quelque peu ventée. Adieu donc tomates, poivrons et autres salades ! Avec la fin de la saison des pluies, il a fallu aussi monter sur le toit pour dégager tout ce qui s’était accumulé dans les chenaux et dans les recoins ; reste à passer un coup de peinture après avoir enlevé les traces de rouille. Les retraités de ma connaissance qui s’ennuieraient en France sont les bienvenus ici pour donner quelques coups de machette contre la végétation envahissante, soulever les branches énormes qui encombrent encore le passage ou planter de nouveau dans les endroits qui ont été abimés.

        Après ¨Le travail c’est la santé¨, se promener c’est la conserver… On a essayé de mettre cela en pratique en allant visiter le Parc national du Tenorio. Depuis Alajuela, il faut prendre l’Interaméricaine en direction de Liberia ; on ne peut pas aller très vite car elle est utilisée par beaucoup de bus et de camions, et il n’est pas toujours facile de les doubler. On en a profité pour admirer les champs de canne à sucre en fleurs près de Limonal : la plante s’orne dans sa partie supérieure d’un grand panache de couleur beige qui ondule au gré du vent ; ce n’est qu’après cette floraison que la canne à sucre va commencer à croitre en diamètre. Juste après Canas, on bifurque à droite en direction de Upala ; Bijagua n’est plus qu’à 45kms, un peu plus d’une demi-heure de route. C’est un gros bourg qui aligne ses boutiques de part et d’autre de la rue principale ; celle-ci, comme dans presque tous les villages costaricains, compte aussi deux ¨muertos¨ (ralentisseurs) pour freiner les ardeurs des jeunes …et moins jeunes, du coin. A la sortie du village, un panneau officiel indique à droite ¨Parc national Tenorio 9 kms¨. Commence alors une piste pierreuse assez inconfortable pour qui n’a pas un véhicule doté de bons amortisseurs ; elle comporte aussi quelques rampes mais courtes et, Dieu merci, sans ornières : à la saison des pluies (Mai-Juin et Septembre-Octobre), je ne m’y hasarderais pas sans 4x4. Au début de la montée, on a vu des toucans de Swanson se gavant de petits fruits ; notre présence n’a pas eu l’air de beaucoup perturber leur festin. A mi-parcours, d’autres touristes nous ont dit avoir vu des paresseux : c’est vrai que les guarumos (l’arbre préféré des paresseux : grandes feuilles peu nombreuses, écorce en bandes larges presque lisses) abondent tout au long du trajet. A 2 kms du but, sur la gauche, arrive la deuxième piste qui permet d’accéder au Parc : elle monte depuis San Rafael de Guatuso, à l’est. L’entrée se trouve au lieudit El Pilon ; en échange de 5 000 colones, le garde-forestier vous remet un plan succinct mais suffisant (vous ne risquez pas de vous perdre). Le sentier est loin d’être facile (6kms aller-retour > 3 heures) : parties en escalier, racines d’arbres omniprésentes, boue quand il a plu les jours précédents. On rencontre d’abord une cascade : ce qui est impressionnant, ce n’est pas sa hauteur, mais le volume d’eau qu’elle déverse dans une vasque où peuvent se baigner facilement 15 à 20 personnes. La balade se poursuit par le passage au mirador avant d’arriver à l’ endroit où nait le Rio Celeste : une petite rivière aux eaux boueuses arrive sur la gauche et se mélange avec une autre, en face, quasi transparente ; une réaction chimique se produit ; l’eau qui s’écoule maintenant en aval est … turquoise. Pourquoi ? Après une rapide recherche sur Internet, j’ai trouvé pas moins de quatre ¨explications¨ au phénomène : la première se contente d’un évasif ¨apport de différents minéraux d’origine volcanique¨ ; une autre propose ¨il s’agit d’émanations de soufre qui se mélangent avec du carbonate de calcium¨ ; pour la troisième, des minéraux de cuivre viendraient s’ajouter au cours d’eau principal  ; la dernière, qui me parait la bonne, explique que le bleu laiteux du Rio Celeste résulte du sulfate de cuivre contenu dans l’une des rivières réagissant à la présence de soufre dans l’autre. Si vous avez une meilleure explication, bien humblement je suis preneur.

        De famille paysanne, j’avais envie de connaître comment vivent et travaillent celles d’ici. Par chance, Mayela a conservé de très bonnes relations avec un de ses anciens compagnons de collège qui possède une ¨finca¨ dans la région de Jaco ; nous sommes allés y passer quatre jours. La propriété est contigüe au rio Tulin, petite rivière au lit large, actuellement paisible, qui coule au moins à trois mètres en-dessous du niveau des terres ; Eduardo nous raconta qu’en Mai-Juin de cette année ils restèrent plusieurs jours sans sortir de la maison tellement l’eau avait envahi la plaine ; par impossibilité de pouvoir travailler mais aussi par prudence : avec la montée des eaux arrivent les … crocos ! Ce ne sont pas les seules bêbêtes dangereuses ici : les serpents s’invitent parfois, comme le jour où un terciopelo a piqué la jument en plein milieu de l’allée qui mène à la ferme ; depuis, elle traîne sa patte blessée et ne pourra plus être utilisée que pour la reproduction. Dans ces conditions, vous comprenez aisément pourquoi on ne vous laisse sortir de la maison que chaussé de bottes.

         Le premier travail auquel j’ai participé consistait à remettre en état une cerca : une clôture de pré ; ici, elles ont un aspect typique qui donne à la campagne costaricaine son air de tableau ancien. Il était 15h, le soleil commençait à baisser, bon moment pour retourner travailler. Casquette ou sombrero obligatoire, bras protégés par des manches amovibles en tissu synthétique, le moindre espace de peau dénudée enduit d’un anti-moustique local (de l’alcool à 90° dans lequel ont macéré des clous de girofle), nous voilà parés. Le pick-up nous emmène à travers les prés ; parfois, le sentier disparaît sous les hautes herbes : Eduardo se repère grâce à un rocher ou aux restes d’un tronc. Il nous faut aller au plus près du rio, là où les vaches ont pu renverser la clôture fragilisée par les ans et les dernières intempéries (A propos, vous ne trouvez pas que le bovin est un animal bête ? il croit toujours que l’herbe est plus verte chez le voisin). La première chose à faire est de nettoyer l’endroit à la débroussailleuse : pour pouvoir accéder aux restes de la clôture noyés dans la végétation, mais aussi pour faire déguerpir du lieu les hôtes indésirables … Ensuite, à partir d’un arbre dont les racines plongent dans la rivière, nous tirons trois solides rangs de fil de fer jusqu'à la partie intacte de la clôture. Tous les deux mètres, avec une sorte de bêche courbe et longue, nous creusons un trou d’une cinquantaine de cm de profond ; nous y plantons une énorme branche d’arbre élaguée qui doit dépasser de la hauteur d’un homme. Entre deux de ces branches, on creuse un trou plus petit, on y met donc un pieu moins long, et ainsi de suite jusqu'à n’avoir que des intervalles d’une vingtaine de cm. Dans deux mois, de nouvelles ramures sortiront de chaque tige et créeront une barrière infranchissable… jusqu'à ce que le temps et les intempéries fassent leur œuvre.

         Eduardo travaille avec ses deux filles, Carolina et Mariana, qui viennent de terminer leur formation en lycée agricole ; sa femme, quant à elle, a des responsabilités dans une laiterie voisine. Devant les capacités équestres des deux filles, j’avais exprimé le regret de ne pas savoir monter à cheval ; le lendemain, elles m’ont présenté Leopoldo, un beau cheval gris costaricain, prêté par un élevage voisin. J’ai appris à le seller, à lui parler puis on est partis en balade avec Carolina : position des guides et des mains pour avancer, pour tourner ; commander le départ à la voix ou au talon ; le faire stopper. Sans être autoritaire, il faut garder le contrôle, sinon il fait ce qu’il veut : je l’ai bien vu au début, il s’arrêtait tous les dix mètres pour manger ce qui lui plaisait… Au retour, avec la chaleur qui nous assommait, les deux canassons ont bien apprécié la douche au jet ; elle était d’autant plus nécessaire que nous étions passés dans des flaques de boue où pullulent des bestioles pas très recommandables.

        L’après-midi, un ingénieur agronome et un technicien du Ministère de l’Agriculture sont venus visiter la ferme à la demande d’Eduardo (d’autres fois, il arrive qu’ils se présentent en tournée d’inspection) : sous l’impulsion de ses filles, il a mis en culture des arbustes aux larges feuilles qui servent de fourrage au bétail ; après avoir été coupées, elles se renouvellent très vite. Le problème est que, dans leur phase de croissance, ces petits arbres sont en compétition avec des plantes qui, parfois, grandissent plus vite qu’eux. Faut-il utiliser un herbicide systémique qui ne va détruire que les ´´mauvaises´´ herbes ? Passer la débroussailleuse au risque de couper aussi les bonnes tiges ? Bien que n’ayant pas tout compris de la solution retenue (un désherbage manuel ? bonjour les heures de boulot sous le soleil !), j’ai constaté que l’Institution agricole avait ici un rôle important de conseil et de formation, ce qui ne doit pas l’empêcher de contrôler discrètement tout ce qui se fait.

        Le lendemain, à cheval, Carolina et Mariana sont allées chercher une partie du troupeau : il s’agissait de récupérer un veau d’une dizaine de jours pour vérifier que son nombril avait bien cicatrisé après la naissance. Il faut voir avec quelle habileté elles ont séparé la mère et son petit du reste du bétail, les ont conduit jusqu'à un couloir en bois où deux portes coulissantes ont maintenu la vache dans un espace restreint ; le jeune veau s’est alors retrouvé tout seul et, après une course-poursuite digne du meilleur western, nous l’avons capturé à mains nues, couché au sol et attaché ses quatre pattes ensemble ! Par chance, le nombril de Môossieu était impeccable : on ne serait pas obligés de jouer le même rodéo dans quelques jours. Ah, si ! j’oubliais, il va falloir le marquer au fer rouge quand il aura trois mois et là, le p’tit père, il va en avoir de la force ! Bon courage aux deux miss…

          Le dernier jour fut consacré à une fête du fromage dans la laiterie où travaille Lucila, la femme d’Eduardo. Cette petite entreprise concrétise la réussite de toute une famille sur un peu plus de deux générations : les grands-parents arrivèrent sur les lieux voici soixante-quinze ans, achetèrent peu à peu des terres, sélectionnèrent avec soin leur bétail pour produire du lait, envoyèrent leurs enfants faire des études à l’Université dans le but de maîtriser aussi bien la pasteurisation que la gestion et l’hygiène comme les relations commerciales. Une grand’mère, seule rescapée des débuts de l’histoire, raconta combien, en l’absence de ponts, il était héroïque de traverser les rios Tarcoles et Tulin avec le bac et son chargement de meubles, de nourriture ou de vaches pour venir jusqu’à la propriété ; ensuite, chacun y alla de son anecdote ou de sa petite larme, dans la pure tradition costaricaine pour qui la famille est le socle de toute réussite. Les enfants aussi eurent leur moment de bonheur sous la forme d’une promenade à dos de buffle !

         Le Dimanche matin, les aurevoirs furent émouvants : peut-il en être autrement quand vous avez partagé les difficultés matérielles, les incertitudes d’avenir, les efforts constants pour améliorer son sort d’une famille solidaire et tellement vivante ? 

    « UN ANGE GARDIEN NOMME PIERROT. De droles d'oiseaux : Colibris, Quetzals et ... Hommes politiques ! »

    Tags Tags : , , , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    oxygene13
    Samedi 9 Août 2014 à 20:20
    • Nous sommes alles 2 fois au Costa Rica ma femme et moi et sommes tombés amoureux de ce petit pays si attrayant.Nous pensons y retourner  pour y passer 2 à 3 mois d 'hiver Français bien au chaud DES plages pacifiques si belles. C est vrai que les gens sont adorables  accueillants  et trés serviables. Nous avons voyagé dans beaucoup de pays du monde mais celui-ci nous attire de façon différente.La diversité des paysages, mer, montagne, volcans parcs la faune, naturels etc.....
      • J'aimerai bien rester en contact avec vous, nous sommes aussi des retraités amoureux de la vrai nature et des gens  
      • Au plaisir de vous lire
    2
    lajtdubokl
    Samedi 9 Août 2014 à 22:05
    Merci beaucoup à vous, Oxygene13, pour votre avis si bienveillant sur le Costa Rica et ses habitants !
    Cependant, si vous voulez que nous restions en contact, j'aurai besoin de votre e-mail...
    A bientôt, j'espère.
    3
    Dimanche 14 Septembre 2014 à 08:29

    Nous souhaiterions visiter le Costa Rica en janvier prochain. 


    Votre blog est très intéressant, merci. 


    Est il facile de trouver une  chambre sans  réservation. Nous voyageons sac à dos, et aimons un peu l'aventure?


    merci pour votre réponse


    Françoise


     

    4
    lajtdubokl
    Lundi 15 Septembre 2014 à 14:03
    Bonjour Françoise et Alain, Je suis allé sur votre blog pour me rendre compte de quelle sorte de voyageurs vous êtiez (et pouvoir ainsi mieux vous conseiller) : j'ai beaucoup aimé les parties "Chine" et "Sumatra" : ce qui m'a touché c'est l'empathie dont vous faites preuve à l'égard des gens que vous rencontrez ; la description des différences entre les modes de vie m'a bien amusé ! Je vous aiderai avec plaisir à préparer votre voyage au CR ; ce serait plus facile si vous me donniez votre adresse mail, ne croyez-vous pas ? A bientôt, j'espère.
    5
    Lundi 15 Septembre 2014 à 20:27

    Bonsoir, 

    Merci pour la réponse si rapide, mais mon mail vous l'avez , je l'ai écrit dans le petit formulaire qui figure dans votre blog pour y laisser un commentaire. 

    Si  vous n'arrivez pas à le lire, du coup je l'écrirai dans le commentaire

    Bonne soirée

    6
    lajtdubokl
    Mardi 16 Septembre 2014 à 10:21

    Bonjour, Françoise et Alain

         L' adresse e-mail que vous mettez dans le formulaire "Ajouter un commentaire" sert juste au programme à envoyer une notification de nouveau message à ma boite mail (je ne vois pas votre adresse personnelle). Pour que je la voie, il faut passer par le formulaire "Contact" qui se trouve dans la partie haute de la colonne de gauche. 

         A très bientôt ! 

    7
    Christine
    Mercredi 29 Juillet 2015 à 21:45

    Bonjour,

    Je souhaiterais venir passer 2 semaines en septembre avec ma fille de 24 ans, mais j'ai beaucoup de mal à me décider sur un itinéraire, tant de belles choses à voir.

    Nous souhaiterions également être au plus près des habitants, pouvoir même participer à leur quotidien, échanger, partager...

    Pourriez vus nous donner quelques conseils afin de faire de notre voyage un inoubliable souvenir? Merci.

    Cordialement,

    Christine  

    christau@neuf.fr

     

     

     

     

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :