• --------(dé)PASSER les FRONTIERES : 2è Partie : Les BRIBRI du COSTA RICA.

          Geronimo est en colère ! et quand ça lui arrive, il vaut mieux être d’accord avec tout ce qu’il dit. Malgré son prénom, il n’a rien d’un Indien d’Amérique du nord, non, Geronimo est un pur descendant des colons espagnols : peau blanche, haute stature et barbe grise imposante. Au volant de son pick-up rouge, il trimballe tout ce que vous voulez sur les pistes défoncées de la région. Quand on a fait sa connaissance, on attendait tranquillement le bus à l’ombre d’un arbre gigantesque dans le village de Bribri ; on voulait se rendre à Bambu où nous avions rendez-vous avec Danilo, un ami de Victor, le frère de Mayela qui nous accompagnait. Nous voyant entourés de nos valises et sacs à dos, Geronimo a du se dire que ça sentait bon le touriste : il est venu nous proposer ses services : 20 000 colones (30 euros) pour faire les 12 kms de piste ; je trouve cela un peu cher et le lui dis. Malheur à moi, « l’americano » qui vient certainement acheter les quelques terres qui restent à vendre dans toute la région et qui ne sait rien des difficultés qui nous attendent pour parvenir jusqu’à Bambu ! S’en suit une diatribe contre les hommes politiques du coin qui se pointent ici juste avant les élections, promettent de goudronner la piste puis oublient… Il emporte le morceau quand il nous fait valoir qu’avec tous nos bagages on sera beaucoup mieux dans sa Toyota que dans le bus toujours bondé (2è couplet sur les politiques qui économisent sur les transports pour pouvoir s’en mettre plein les poches). De fait, il a raison, Geronimo, la piste est en très mauvais état : énormes roches qui affleurent un peu partout, ornières creusées par les pluies, sans parler des trois rios qu’il faut traverser à gué… Cela vaut bien les 20 000 pesos !

           Bambu est un petit village de la communauté indigène bribri qui égrène ses quelques maisons en bois le long de la piste. Celle de Danilo, qui a proposé de nous accueillir quelques jours, se trouve un peu plus loin. Elle est constituée d’une première partie, le rancho : de forme conique, au sol recouvert d’un ciment grossier, il est le lieu des discussions communautaires et sert à accueillir les visiteurs ; suivent des constructions rectangulaires en bois de un ou deux étages, sur pilotis ; les toits sont tous en feuilles de « palma » tressées (une sorte de palmier) ; les planchers sont en cannes de bambou ou en planches de bois ; les murs n’existent pas : vous sentez l’air qui va et vient, et un oiseau de temps en temps … Pour dormir, on installe des matelas en mousse et des moustiquaires suspendues à la structure du toit : cela donne un décor très romantique ! La cuisine s’organise autour du foyer, constitué simplement de blocs de ciment ; si vous aimez l’odeur de la fumée, vous êtes servis… Les sanitaires sont rustiques mais propres.

          Danilo, le maître des lieux, est officier de l’état civil. Après un parcours scolaire normal (au Costa Rica, chaque communauté indigène a son école), il a suivi une formation technique pour être à même de pouvoir établir tout document officiel concernant les naissances, mariages, divorces et autres enterrements. Comme il est issu de la communauté, cela lui est plus facile d’obtenir des informations parfois confidentielles liées aux faits qu’un homme peut avoir plusieurs femmes et que celles-ci préfèrent accoucher chez elles (en position debout, sur une « chaise » spéciale). Intimement persuadé que sa communauté ne pourra se développer que si elle s’ouvre au monde et lui fait partager ses connaissances et traditions, il a créé ce lieu qui s’appelle Ditsöwöu (dont le symbole représente un visage noir parlant avec un blanc) ; il y accueille toute personne de bonne volonté qui veut apprendre à mieux connaître les Bribri ; durant notre séjour, il recevait pour une semaine, cinquante écoliers nord-américains dont le projet était de visiter toutes les écoles de la réserve pour échanger sur leurs modes de vie respectifs.

          Le lendemain de notre arrivée, il nous a emmenés à la rencontre de sa famille : bus brinqueballant jusqu’à Suretka où la piste s’arrête au bord du rio Telire ; il faut alors attendre le bac à moteur qui va nous conduire de l’autre côté ; la traversée n’est pas facile, loin de là : le canoë en bois est chargé, le courant fort et un affleurement oblige le pilote à un contournement. De nouveau sur la terre ferme, on monte dans un bus qui attend placidement que tout le monde ait débarqué ; il nous conduit jusqu’à Amubri , son terminal. On poursuit la route à pied jusqu’à la maison où vit la famille de Danilo. Sa maman nous reçoit dans la cuisine où elle nous offre le chocolat traditionnel, c’est-à-dire avec de l’eau et sans sucre. Après être allé parler aux hommes réunis dans la pièce principale à côté, Danilo nous invite à les rejoindre : il y a là entre autres son beau-père et un de ses neveux ; rapidement, la conversation s’oriente sur le mode de vie des Bribri et leurs croyances ; Justo, le neveu, qui fait aussi office de chaman (il a été choisi enfant par les Anciens pour son aptitude à bien parler bribri et ses prédispositions à écouter les gens), nous propose d’en parler dans la maison religieuse : c’est une structure conique construite avec les mêmes matériaux que les autres mais dont le toit descend jusqu’au sol de terre battue ; autre particularité, elle ne comporte que deux ouvertures : une pour entrer/sortir, une au sommet du cône pour laisser échapper la fumée du feu. Car, avant de parler ensemble, il faut allumer le feu, et c’est la maman qui s’en charge. Pourquoi un feu ? parce que, en même temps que s’élève la fumée, partent toutes les mauvaises « choses » qui nous habitent (mauvais sentiments, maladies, …). La maison religieuse est le lieu où se prennent toutes les décisions de la communauté, réunissant hommes, femmes et enfants. Dans un parler mêlant espagnol et dialecte bribri, Justo nous explique que l’unique dieu des Bribri est Sibü ; il a créé les hommes et les femmes en semant à la volée des grains de maïs ; comme il n’y a jamais deux grains de maïs exactement semblables, cela explique qu’il y ait des personnes différentes et, comme le bras de Sibü est très fort, il a pu « semer » des hommes et des femmes jusque très loin. Aussi, quand débarquèrent les Espagnols, les Bribri ne furent-ils pas surpris et les accueillirent avec des présents car ils ne pouvaient être que des créatures de Sibü (on connaît la suite : la bienveillance fut convertie en lâcheté ; les indigènes furent au mieux repoussés dans les montagnes et leurs terres fertiles occupées par les conquistadors). Au cours de l’échange avec le chaman, on a mieux compris aussi leur relation fusionnelle avec la nature car, à leurs yeux, Sibü est dans la nature.

          Le lendemain, Danilo nous a organisé une sortie sur l’eau jusqu’à une cascade renommée. On a rejoint nos deux guides au bord du rio Telire (qui n’est autre que le prolongement du Sixaola quand il n’est plus la frontière panamo-costaricaine) ; cette année, il a moins d’eau que d’habitude, ce qui explique la présence du deuxième guide : en effet, quand il y a suffisamment d’eau, tout va bien, on utilise le moteur ; mais quand le fond se fait proche, il faut relever l’hélice et, depuis l’avant du canoë, pousser avec une longue perche pour pouvoir passer ; à un moment critique, il a même fallu que l’un de nous saute à l’eau pour faciliter le franchissement. 

    Excursion sur la rivière Yorkin (de Pierre MARCET, avec Vimeo).

    Mise à part cette difficulté, cela fut une promenade de santé dans un cadre magnifique : des arbres de taille impressionnante dont les frondaisons descendent jusqu’à l’eau et une nature si présente qu’elle réduit l’existence visible d’êtres humains à leurs canoës amarrés sur la berge. Nous avons donc remonté le rio Telire sur quelques kms avant de prendre, sur notre droite, le rio Yorkin : leur confluence provoque des remous dont il vaut mieux se tenir éloignés. Après le passage de plusieurs rapides, on arrive à la cascade tant désirée, perdue dans la végétation. On peut s’y baigner sans crainte, même si l’eau me parut bien fraiche. Une croyance bribri veut que si on s’y plonge une fois, on y revient chaque année… Pour la première fois, j’ai pu observer la minuscule et inoffensive grenouille « café ». Au retour, on a descendu le Sixaola, qui sert de frontière avec le Panama ; un des guides nous a alors montré où il habitait (une maison en bois dans une anse tranquille côté costaricain) puis, se tournant vers la droite, il désigna une petite construction à demi cachée par les arbres : »Et ma maman vit au Panama ! » ; inutile de dire qu’il ne va pas s’obliger à faire trente kms pour présenter ses papiers au poste frontière avant d’aller l’embrasser… Un peu plus loin, on vit une chèvre solitaire brouter, quoi de plus normal ? si ce n’est que son voisin, quasi invisible parmi les pierres du bord, était un caïman. Quand on remonta le fleuve, une heure plus tard, l’affreux n’avait guère bougé, mais de biquette, point ! (A l’adresse des âmes sensibles : on peut tout simplement en déduire que son maître est venu la récupérer à temps, peut-être…).

         Ce qui nous a émus dans cette communauté c’est leur bienveillance à l’égard des touristes que nous sommes : bien sûr, chaque fois que nous étions seuls, sans Danilo, et que nous rencontrions quelqu’un, nous nous présentions comme ses amis, vivant chez lui, mais surtout pour satisfaire leur curiosité. Il reste à espérer que les touristes, avant de leur rendre visite, se préoccupent de savoir ce qui peut leur rendre service et ce qui peut leur causer des dommages. Au niveau administratif, nous nous sommes rendus compte que la communauté bribri de Talamanca possède les mêmes services publics que le reste du pays (école primaire, collège, banques nationales, hôpital…), ce qui explique sans doute que la majorité des jeunes Bribri restent travailler dans leur région au lieu d’émigrer en ville. Bien sûr, comme Geronimo, on peut trouver que les routes y sont en triste état, mais cela est hélas ! assez courant dans le pays.

     

    ATTENTION !

           Au Costa Rica, quand on parle des premiers habitants du pays, il faut utiliser le terme indigena et non le mot ´´indio´´ qui est une insulte…

    POUR EN SAVOIR PLUS :

         Vous pouvez consulter le site web :

    www.guiascostarica.com

    POUR CONTACTER NOTRE HOTE :

    Danilo LAYAN GABB

    Tel : 87 69 26 76 ou 27 51 00 26

    Mail : seyekeke@costarricense.cr

     

     

     

    « Qu'est-ce qu'un Trapiche ? Y a-t-il un guide francophone dans le Corcovado ? »

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  • Commentaires

    1
    FrancoTico
    Mercredi 27 Juillet 2016 à 23:38

    Bonjour à vous!

    Ma femme est aussi Costaricienne nous partons voir la famille en août vers Cartago, nous avons deux enfants de 8 ans et 3.5 ans.  Est il possible de vivre quelques jour avec une communauté indigenas vers Cahuita tous ensemble?

      • lajtdubokl
        Samedi 30 Juillet 2016 à 15:33

        Bonjour, 

            Le seul contact que j'ai avec la communauté Bribri est celui décrit dans cet article du blog ; Danilo est un collègue de travail de mon beau-frère, Victor. Son village, Bambù, se situe en effet près de Cahuita. Je vous conseille de le contacter par mail et de lui poser toutes les questions que vous souhaitez ; en cas de difficulté, vous pouvez me recontacter, je vous aiderai. Bon séjour en Tiquicia ! 

              

    2
    Valérie Flicker
    Mercredi 22 Mars à 05:46
    Bonjour,
    Quelle langue Danilo parle t il ?
    Je suis française, mon anglais est moyen + et je ne parle pas l'espagnol.
    je suis à Cahuita et cherche à rencontrer un vrai chaman indigena.
    Un grand merci pour votre retour.
    Bien à vous
    Valérie
      • Samedi 8 Avril à 03:09

        Désolé, Valérie, je ne prends connaissance de votre message qu'aujourd'hui : nous étions en voyage au Pérou...

        Danilo parle bribri, espagnol et anglais.

        Justo, son neveu, est chaman et exerce dans la communauté de Bambú.

        Salutations costaricaines.

    3
    Laurent
    Mercredi 16 Août à 13:32
    Bonjour lajtdubokl
    Nous venons avec mon amie au mois de janvier découvrir ce merveilleux pays.
    Et j aimerais pouvoir contacter Danielo.
    Pouvez vous m aidez?
    Me donner un mail ou autre?
    Merci d avance.
    4
    Laurent
    Mercredi 16 Août à 13:35
    Mille excuses j avais pas vu au bout de l article
    En tous les cas merci
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